Le mariage des enfants au Yémen est une problématique qui n’est pas récente et dont souffre l’ensemble de la société Yéménite, bien que le Yémen ait ratifié en 1991 la Convention relative aux droits de l’enfant qui définit le mariage des enfants comme un mariage où l’un des deux partenaires ou les deux sont âgés de moins de 18 ans. Malheureusement, le gouvernement Yéménite a marqué un recul sur cette question lorsque le parlement a aboli en 1999 l’âge minimal pour le mariage des filles et des garçons, qui était alors fixé à 15 ans, sous prétexte que définir un âge minimal pour le mariage était contraire à la religion. En 2009, une majorité parlementaire a voté pour fixer l’âge minimum du mariage à 17 ans. Cependant, un groupe de législateurs, prétendant que la réintroduction d’un âge minimum est contraire à la charia, a utilisé des procédures parlementaires pour bloquer le projet de loi, gâchant ainsi une opportunité qui aurait pu épargner de nombreux enfants des tragédies horribles qui se sont produites depuis et qui continuent à ce jour.
Malheureusement, il n’existe pas d’âge minimum pour le mariage dans la loi Yéménite à ce jour, ce qui force de nombreux enfants à se marier, certains d’entre eux n’ayant que 8 ans lors du mariage, selon un rapport du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires.
Le mariage des enfants constitue une menace pour l’avenir des filles au Yémen car elles sont contraintes de se marier à un âge jeune, ce qui a un impact négatif sur leur vie, psychologiquement, socialement et physiquement, selon ce qu’ont montré les organisations des droits de l’homme dans un rapport de terrain réalisé dans la capitale Yéménite, Sanaa, en Août et Septembre 2010. Ce rapport comprenait des entretiens avec plus de 30 filles et femmes qui se sont mariées à l’âge de l’enfance. Certaines d’entre elles ont déclaré avoir été victimes de viol conjugal et de maltraitances liées au mariage et à la maison, avec un taux de 63% et que 2,6 millions de filles sont exposées à la violence basée sur le genre. En forçant les enfants à se marier, les familles leur imposent une responsabilité qu’ils n’ont pas encore comprise, étant donné que la vie conjugale est dominée par des obligations et des responsabilités familiales qu’un enfant ou une jeune fille ne peut pas assumer, alors que tout ce qui est demandé à ces enfants, c’est de courir et de jouer avec leurs amis et d’aller à l’école.
Le mariage de filles au Yémen en particulier conduit à des conséquences graves, causant des dommages physiques pouvant aller jusqu’à la mort pendant la grossesse ou l’accouchement. Le rapport de l’UNICEF indique que 12 sur 260 sont mortes pendant la grossesse et l’accouchement, en plus des dommages psychologiques, l’augmentation du taux d’analphabétisme, où le Yémen occupe la troisième place avec un taux de 45% à l’échelle du monde Arabe, et l’augmentation du taux de divorce en raison des divergences de pensée, ce qui affecte en retour la société et la capacité à se développer.
Ce phénomène a des répercussions catastrophiques sur les filles, mais aussi sur leur famille et la société dans son ensemble. Récemment, la propagation du mariage des enfants au Yémen est devenue préoccupante en raison des conflits, des guerres, de l’insécurité, de la criminalité et du déplacement massif de population. Les études de l’ONU sur la population montrent à quel point le conflit influence le mariage des mineurs. Elles indiquent que 1 fille sur 5 déplacées se marie. De plus, la situation économique a conduit à une augmentation de 66% du taux de mariage des enfants, afin de bénéficier de leur dot et prétendument pour les protéger du harcèlement, selon leur famille.
Priver les filles de leurs droits à l’éducation et limiter leurs opportunités de vie en raison du mariage précoce, y compris leur chance d’obtenir un emploi, a des conséquences sur elles et leurs familles à long terme, en comparaison avec celles qui ont été scolarisées. Par conséquent, la situation de leurs enfants sera pire à l’avenir.
Il convient de noter qu’il y a des efforts constants et intenses de la part des organisations internationales concernées par les droits de l’enfant, des activistes et des influenceurs pour sensibiliser aux dangers du mariage précoce et à ses conséquences. Des campagnes de sensibilisation ont été menées pour augmenter la prise de conscience au sein de la société, notamment dans les communautés rurales, sur les dommages sanitaires et autres conséquences néfastes du mariage des enfants pour les filles et les enfants, par divers moyens médiatiques et de terrain, et par les réseaux sociaux. Ces campagnes présentent des histoires réelles de filles qui ont été victimes de mariages précoces (comme l’affaire de Al Anoud et avant elle, Nujood, et d’autres …) et ses conséquences sur elles, leurs familles et la société.
Cela fait suite à l’échec des décideurs politiques à légiférer une loi établissant un âge minimum pour le mariage et à punir les contrevenants. Cette décision n’a jamais vu le jour en raison des divers courants et conflits de croyances au parlement et du refus des religieux de fixer un âge minimum pour le mariage.
Nous espérons que les autorités judiciaires du Yémen coopéreront avec les organisations de défense des droits humains et des droits de l’enfant pour infliger des sanctions sévères aux personnes qui violent l’enfance en continuant ces pratiques à l’égard des filles. Nous espérons également qu’ils réexamineront certaines législations inéquitables envers les femmes, comme l’article 42 du Code pénal numéro 12, qui stipule que la “diyya” (compensation financière pour le meurtre) d’une femme tuée est la moitié de celui d’un homme tué, ce qui sous-entend implicitement que les femmes sont inférieures aux hommes.
Nous espérons que les influenceurs et les activistes continueront à mettre en œuvre des programmes de mobilisation communautaire sur les dangers du mariage des enfants, et à appeler à des changements dans les attitudes et coutumes sociales grâce à des programmes de sensibilisation dans les villes et les campagnes en coopération avec les institutions sociales, les associations religieuses, les institutions de santé, les autres organisations civiles locales et les écoles. Ce sont les meilleurs canaux pour sensibiliser aux résultats négatifs du mariage précoce et aux nombreux avantages économiques, sociaux et sanitaires de retarder le mariage, ouvrir des centres d’éducation et de formation professionnelle pour les filles afin de les préparer à travailler pour obtenir un revenu approprié, ce qui contribue à réduire leur dépendance à l’égard de la famille et à acquérir une certaine indépendance, surtout parmi les personnes déplacées à cause de la guerre.




