Dans cet épisode, la journaliste Alexandra Sandels se penche sur les expériences de trois femmes de la région Arabe concernant leur militantisme en faveur de la liberté et le refus qu’elles reçoivent de la part de leur société. Leurs histoires font partie de la collection d’histoire orale « Tabous et Société » produite par Sharq.Org.
Transcription de l’épisode 3
(Durée : 6:03 mins)
Scénario original et narration en Anglais par Alexandra Sandels
Extraits sonores (non transcrits) inclus dans l’original en Arabe
–
// extrait de l’interview de Hana //
“Dans ma communauté, les filles n’étaient pas vraiment autorisées à poursuivre leurs études au-delà de la sixième année”, se souvient Hana, une femme de 32 ans vivant à Sanaa, la capitale du Yémen. “Il m’a été difficile d’aller au lycée et de m’inscrire à l’université”, poursuit-elle. L’accès à l’éducation reste un défi de taille au Yémen, un pays pauvre en proie aux conflits, à la malnutrition et à la pauvreté. Selon l’agence des Nations Unies UNICEF, plus de 2,7 millions de filles et de garçons ne sont pas scolarisés au Yémen. L’accès à l’éducation des filles, en particulier, reste un problème épineux. Lorsque Hana a grandi, elle a réalisé qu’elle pourrait être obligée d’abandonner l’école à l’adolescence et a lancé un ultimatum à sa famille.
// extrait de l’interview de Hana //
“Je me suis levée, j’ai fait face à ma famille et je leur ai dit que s’ils ne me laissaient pas poursuivre mes études, je m’enfuirais de la maison”, raconte Hana. La famille a d’abord été un peu choquée, mais elle s’est vite rendu compte que Hana, qui est connue pour son entêtement, pourrait bien passer de la parole aux actes. Ils l’ont donc autorisée à poursuivre ses études et aujourd’hui, Hana est titulaire d’un diplôme de droit et dirige un cabinet de conseil. “C’était ma façon de me battre pour mon droit à l’éducation, et j’y suis parvenue”, déclare Hana.
// extrait de l’interview de Hana //
Dans le premier épisode de notre podcast, nous avons rencontré Rodaina, une enseignante d’Anglais vivant également à Sanaa, qui nous a parlé des problèmes liés aux restrictions de la mobilité des femmes. Aujourd’hui, les femmes au Yémen doivent voyager avec un mahram, un tuteur masculin qui peut être un mari, un frère ou un père, explique Rodaina. L’aggravation de la situation des femmes dans son pays d’origine remonte à 2014, lorsqu’un conflit armé a éclaté entre les rebelles Houthis soutenus par l’Iran et le gouvernement du Yémen soutenu par l’Arabie Saoudite. C’est à cette époque que des appels ont commencé à être lancés pour restreindre les mouvements des femmes et leur participation à la vie publique et politique, selon Mme Rodaina. Aujourd’hui, les femmes Yéménites ne peuvent pas vraiment s’engager dans des efforts de rétablissement de la paix, participer à des conférences ou assumer des rôles politiques, explique Mme Rodaina.
// extrait de l’interview de Rodaina //
Rodaina savait qu’elle devait trouver une solution pour pouvoir voyager librement et en toute sécurité. Elle a donc emprunté la carte d’identité d’un collègue qu’elle présente aux nombreux points de contrôle qu’elle doit parfois franchir pour aller d’un endroit à l’autre. “C’est ainsi que j’ai défié l’interdiction de la mobilité des femmes, j’ai fait ce qu’il fallait pour la surmonter”, explique Rodaina.
// extrait de l’interview de Rodaina //
Au Liban, Badiah, une travailleuse de la société civile âgée d’une trentaine d’années, a dû faire face à de nombreuses batailles dans le cadre de son activisme et de son travail en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais ce qui lui vaut le plus de critiques, c’est sa décision de soutenir les personnes LGBT, explique Badiah, qui est voilée et vit dans la ville conservatrice de Saida. Lorsque son entourage découvre qu’elle a des amis dans la communauté LGBT, Badiah affirme qu’ils la critiquent. Ils lui demandent : “C’est un tabou religieux et c’est interdit. Comment peux-tu porter le hijab et en même temps soutenir les personnes LGBT ?”
// extrait de l’interview de Badiah //
Mme Badiah répond à ses détracteurs en leur disant que les différentes orientations sexuelles ne sont pas interdites par sa religion. Mais la bataille n’est pas facile. Parfois, dit-elle, elle hésite et ses détracteurs la poussent dans ce qu’elle appelle une lutte interne entre ses points de vue et ses opinions sur la société et sa religion. “Mais,” dit Badiah, “je pense que ma relation avec Dieu est spirituelle et que ma relation avec une personne est humaine. Chacun est libre de faire ce qu’il veut tant qu’il ne me blesse pas ou ne blesse personne d’autre. Ils ont le droit de s’exprimer de cette manière”, conclut Badiah.
// extrait de l’interview de Badiah //




